SABRINA
Sabrina a 4 ans 1/2 lorsque débute le parrainage.
Son histoire familiale
Elle a deux frères, âgés de 14 et 11 ans.
Son papa est décédé. La maman est hospitalisée à
ce moment. Elle aime beaucoup sa fille, mais ne sait pas s'en occuper : Sabrina
est phénycétonurique. Son régime, mal suivi, a laissé
quelques séquelles : elle est dépressive, agressive et parle à
peine. Elle a vécu tantôt en nourrice, tantôt dans sa famille.
Les parrains
Elle est accueillie par un couple de 70 et 54 ans, qui a élevé
ses 6 enfants dont 5 sont encore au foyer. Trois petits-enfants sont nés
depuis.
"Sabrina est entrée en petite maternelle au moment où
nous l'avons accueillie. Elle présentait un retard de plus de 2 ans et
ne mangeait que des petits pots.
Elle nous a permis de partager, comme nous
le souhaitions, l'amour et la capacité d'aide que nous avions en nous
avec un enfant ayant moins de chance que les nôtres.
C'est une enfant
très attachante, très affectueuse. Elle a été très
heureuse de se retrouver au milieu d'enfants grands et petits et a tout de suite
considéré mes enfants comme ses frères et soeurs, même
ceux déjà mariés. Mes enfants, avec qui nous avons beaucoup
discuté avant, étaient heureux d'accueillir une nouvelle petite
soeur, d'autant plus qu'ils avaient déjà l'habitude avec VINCENT,
autre enfant parrainé, "déposé un matin par une voisine".
Au début, l'assistante sociale est venue nous voir une ou deux fois,
suivie plus tard d'une éducatrice qui - voyant que tout se passait bien
- a jugé inutile de revenir.
J'ai eu des relations avec la diététicienne,
la psychologue et le professeur qui s'occupaient de sa maladie. Tous trouvent
chaque année une évolution spectaculaire tant sur le point physique,
moral, psychique, psychologique. Résultat des visites : enfant épanouie,
heureuse.
La famille naturelle
Elle nous a acceptés tout de suite, comme nous l'avons
acceptée aussi.
Nous avons l'impression qu'elle a toujours été
là. Pour Sabrina, sa maison, sa famille, c'est chez nous, tout en sachant
très bien qu'elle a une maman et des frères qui sont sa vraie
famille. Nous lui avons expliqué son arrivée chez nous, pourquoi
nous-mêmes voulions cet accueil.
Nous entretenons des relations épistolaires
avec elle chaque semaine. Sabrina fait des dessins, écrit un petit mot. J'ajoute quelques lignes pour tenir la maman au courant de sa santé,
de son évolution, de son travail scolaire. J'envoie photos, photocopie
du carnet scolaire, compte-rendu de visites médicales.
Sabrina passe
3 semaines de vacances chez sa maman durant les grandes vacances.
Pour conclure...
Sabrina a beaucoup de difficultés au point de vue scolaire.
Tous les soirs je dois reprendre les explications de la journée et chaque
week-end nous refaisons les exercices faux. Ce qui lui permet une scolarité
normale avec bien sûr 2 ans de retard, mais l'essentiel est qu'elle suive
aussi bien que possible.
Pour nous, la plus belle conclusion : Sabrina a
dit à la psychologue qu'elle nous aimait bien et qu'elle était
heureuse. A moi-même elle a dit "si je partais, je serais triste".
Ce n'est pas toujours facile. C'est une enfant qui demande beaucoup d'amour.
Cette recherche d'amour peut se traduire par des sottises, de l'entêtement,
le refus d'avoir affaire à une autre personne que moi.
Je crois toutefois
que l'amour que nous lui donnons ne doit pas nous empêcher d'être
ferme, tout en étant juste.
Il faut lui répéter souvent
que nous l'aimons, surtout après une punition. Nous lui expliquons que c'est parce que nous
l'aimons que nous voulons l'aider à grandir.
Il ne faut pas critiquer sa famille naturelle, ni l'encenser d'ailleurs. Être franc. La présenter comme une famille normale qui a eu de gros ennuis
(décès, maladie...) qui ont fait que ses parents n'ont pu s'occuper
d'elle, qu'ils nous l'ont confiée, que nous l'avons accueillie parce
que nous l'aimons et voulons l'aider.
Nous ne nous laissons pas accaparer
par Sabrina. Elle a sa place comme les autres, avec les autres. Nous devons
maintenir un équilibre dans notre famille, avec nos autres enfants, même
si nous lui consacrons un peu plus de notre temps. J'ai beaucoup de patience
et c'est nécessaire.
Tout n'est pas parfait. Parfois j'ai envie de m'énerver quand elle se bute pour faire un devoir. Alors,
j'arrête. J'attends qu'elle accepte de travailler mais je refuse le jeu. Et le soir en
la couchant j'essaie de lui expliquer mon attitude, je discute. Je lui renouvelle
que malgré ses sottises je l'aime quand même, c'est très
important.
... et VINCENT
Resté chez nous pendant 7 ans, Vincent est arrivé à l'âge
de 3 ans et reparti chez sa maman à 10 ans.
Sa maman était
alcoolique, droguée, dépressive avec tentative de suicide. Elle
a été hospitalisée, en traitement, puis en cure et en maison
de repos. Nous avons élevé Vincent, un an sans voir sa mère,
puis il la voyait une fois de temps en temps quand elle était mieux.
Elle l'accueillait parfois le week-end, puis c'est devenu plus régulier
avant le retour définitif, cette femme ayant trouvé un logement
et un travail régulier.
Il revenait ensuite vers nous aux vacances
et certains mercredis. J'essayais d'aider la maman quand elle demandait un conseil,
une aide. Là aussi il faut savoir s'effacer, ne pas croire ou faire croire
que nous savons mieux, que nous faisons mieux. Il faut simplement être
présent, à l'écoute vis-à-vis de l'enfant. Je m'intéresse
à ce qu'il fait chez lui, à l'extérieur, à l'école.
Depuis l'été dernier ils ont déménagé en
province. J'écris tous les 15 jours Vincent doit venir à l'occasion
des vacances. J'essaie de garder le contact."