Fabienne Savignat, 29 ans, marraine de Zahia, 9 ans
« Ça faisait un moment que je pensais à m’impliquer un peu, à faire du bénévolat. Je suis ingénieur, j'ai une vie agréable. Les amours... un peu problématiques mais, justement, je n'avais pas envie de me recentrer sur mon nombril. Besoin d’ouvrir les fenêtres, de donner du sens à ma vie en donnant tout court. Le parrainage d'un enfant du tiers-monde, je connaissais. Mais pour moi, c'était trop lointain. J’avais envie de mettre les mains dans le cambouis.

Quand j'ai découvert (dans un magazine) la possibilité de parrainer un enfant en France, ça m’a paru idéal : un week-end sur deux, plus des vacances, ce n'est pas trop chronophage. Et Zahia est arrivée. Sept ans, presque une enfant sauvage, sans repères, qui mangeait avec ses doigts. Elle et sa soeur battues par leur mère (célibataire), placées un temps en famille d'accueil et aujourd'hui en foyer. Les débuts n’ont pas été simples : “Je m'ennuie chez toi’, disait-elle. Lors de nos premières vacances (chez mes parents, dans les Vosges), elle voulait rentrer. En fait, elle s était laissé parrainer, si l’an peut dire, pour aider sa mère qu’elle adore). Elle a mis près d’un an à comprendre que le parrainage était bien pour elle, et par devenir demandeuse d’écoute, de câlins.

C'est une enfant qui disait être "nulle”, ne pensait pas valoir le coup qu'on s’occupe d'elle. Une enfant battue, pas une enfant “normale”. Toute la première année, j’ai eu recours au débriefing avec l’association à la fin de chaque week-end (dont je sortais parfois laminée !). Aujourd’hui, j'aurais tendance à penser qu'un week-end sur deux, c'est peu pour l'aider vraiment. C'est un peu frustrant ! Nous avons pris nos marques. Moi qui avais peur qu'à la longue une relation comme celle-ci perde de sa fraîcheur, c’est tout le contraire. Chacune fait partie du monde de l'autre (elle connaît mes parents, mes amis, je l'emmène partout). Je suis la consolatrice, la confidente ; elle est comme une nièce très proche. Le mois dernier, pour la première fois, elle m‘a dit qu’elle m'aimait. Elle m'a aussi demandé ce qui se passerait pour elle si ï’avais un bébé. Je lui ai répondu qu’elle s'en occuperait avec moi ! 

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