ÉTIENNE
Le parrainage d'Étienne commence à
13 ans 1/2. Son père est parti depuis longtemps. Sa mère décède
un peu plus tard dans des circonstances particulièrement tragiques qui
marqueront le garçon.
Etienne passe donc la majeure partie de son
enfance en établissement, coupé de tout lien familial, jusqu'au
moment où l'équipe éducatrice de la maison d'enfants propose
un parrainage, de week-end pour commencer. Il sera accueilli par une famille
adoptive dont un enfant était décédé accidentellement.
"Étienne a longtemps espéré en son père avec
qui il avait des relations affectueuses étant petit. Celui-ci ne se manifestant
plus, en particulier au moment de sa majorité (et donc au sortir de l'institution),
l'enfant en a ressenti un phénomène de révolte et cela
a provoqué une coupure avec sa famille naturelle, dont il ne parle plus d'ailleurs.
La communication était difficile au début, nous
ressentions une certaine méfiance (cette attitude était-elle dictée
par son entourage ?)
Suivi éducatif déficient
Ma femme et moi avions des relations à sens
unique avec l'établissement. Nous avions l'impression de beaucoup donner
(ce qui ne nous gênait pas, au contraire), mais nous aurions aimé
être aidés en retour par les éducateurs. Quand il en est
sorti, à sa majorité, les dirigeants de l'institution auraient
voulu que nous "sortions" Etienne de notre maison, ce que nous avons
refusé bien évidemment.
Sa scolarité est malheureusement
restée assez pauvre. C'est l'institution qui en avait la responsabilité
et ils n'ont pas fait grand chose.
Dès sa sortie, il est entré
en apprentissage d'électricien dans une entreprise de notre petite ville.
Son niveau scolaire l'a fait échouer à son C.A.P. Néanmoins,
la même entreprise l'a repris après son service militaire où
il est maintenant électricien.
Affection payée de retour
Il a fallu attendre son départ au service
militaire pour sentir vraiment son attachement. Je suppose qu'il avait peur
de ne pas trouver son "chez lui" ou que nous profitions de son départ
pour nous en "débarrasser" Mais quand il s'est rendu compte
que rien n'avait changé à la première permission, s'étonnant
même que nous nous inquiétions de lui, les choses se sont améliorées
à pas de géant.
Si tout se passe bien, Etienne sera légalement
notre fils (adoption simple) dans quelques mois. Bien entendu, c'est déjà
fait affectivement de sa part comme de la nôtre.
Le service militaire
a donc "décanté" la situation. La séparation
et surtout le fait de trouver à l'avenir une communauté dans laquelle
il était "comme tout le monde", puis d'avoir un appui - sa
famille d'accueil - lui a permis de mûrir.
C'est nous qui lui avons
proposé l'adoption, car il était dans l'ignorance de cette possibilité.
Je lui en ai parlé dans la voiture, alors que je le ramenais de la gare d'Orsay, pour une de ses dernières permissions.
Il nous semblait,
à ce moment où la fin de son service militaire approchait, qu'il
fallait qu'il se sente sécurisé pour prendre son départ d'adulte.
Pour nous, cela nous semblait la conclusion logique de ce parrainage."
(janvier 1993)