Près de chez vous
un enfant a besoin de vous

 Toutes les associations le déplorent : des dizaines d’enfants attendent qu’un parrain ou une marraine leur tende la main. Pas à l’autre bout du monde, mais dans votre ville ou même dans votre quartier. Gros plan sur cette pratique, encore mal connue en France, par ceux qui se sont lancés. Demain peut-être ce sera vous.

onner sa chance à un enfant en lui offrant de découvrir et de vivre des situations qu’il n’aurait jamais pu connaître, offrir de l’amour et du temps, permettre de souffler à une mère isolée ou à une famille démunie tels sont les objectifs du parrainage. Une action solidaire de proximité encore mal connue, en passe de devenir une réponse à un problème majeur de société l’isolement des familles touchées par la précarité.

Et pour la première fois, les politiques s’intéressent au problème. La ministre déléguée à la Famille, Ségoléne Royal, a donné mission à Marie-Dominique Vergez, présidente du tribunal pour enfants de Créteil, d’établir un état des lieux du parrainage en France. Car cette démarche bénévole est une solution formidable pour éviter que des enfants ne soient retirés à leur famille et placés dans des institutions. C’est aussi un outil de prévention contre la délinquance et l’échec scolaire et par là même une aide à la parentalité, un moyen de mettre en place des réseaux de solidarité et de faire en sorte que ceux qui ont plus offrent à ceux qui ont moins.

Le 15 novembre, à l’occasion des états généraux de la Protection de l'enfance, Ségoléne Royal annoncera des mesures pour aider à développer le parrainage. Les Journées nationales du parrainage, qui se dérouleront à La Rochelle les 7 et 8 décembre prochains, devraient également permettre de mieux le faire connaître. Mais le parrainage, comme le montrent les témoignages que nous avons recueillis, c’est aussi, à chaque nouvelle rencontre, d’étonnantes histoires d’amour et d’amitié, gaies et douloureuses, imprévisibles et émouvantes, qui bouleversent la vie de ceux et celles ont choisi de tenter cette magnifique aventure.

PARRAINS PAR’MILLE

" Tout près de chez vous, un enfant a besoin de vous " telle est la devise de cette association, créée il y a dix ans par Catherine Enjolet avec l’aide de bénévoles et de psychologues. A l’origine de sa démarche, un drame. Dans la classe de son fils, une petite fille de 4 ans, maltraitée, est retirée à sa famille et placée dans une institution faute de pouvoir mettre en place une action de parrainage. Comme le souligne l’un des bénévoles de l’association, "nous recréons des passerelles, des liens sociaux et affectifs autour d’un enfant, d’une famille isolée et débordée, là où par le passé existaient des réseaux naturels de solidarité les voisins, la famille. Dans les situations les plus graves, nous avons le devoir de soutenir les enfants".

Quand l’association met en contact un parrain et une famille, les trois parties s’accordent sur un mode de parrainage : ce pourra être chaque soir de 16 h 30 à 19 heures, ou le mercredi, un week-end sur deux, pendant les vacances, selon les désirs et les disponibilités de chacun. Puis le parrainage évolue au fil des mois, rien n’est figé. Dans une famille monoparentale, par exemple, si la maman a besoin d’être hospitalisée, les parrains peuvent accueillir l’enfant à plein temps, ce qui évite qu’il soit placé. C’est la souplesse qui caractérise cette association, qui essaie de répondre aux demandes les plus variées, celles émanant des services sociaux comme celles venant spontanément de familles. Y compris quand elles n’ont pas un caractère d’urgence. Comme la demande de Maxime, 7 ans, fraîchement débarqué à Angers avec son père médecin et sa mère assistante sociale, qui souffrait d’être loin des siens, et a demandé un grand-parrain pour l’emmener à la pêche le mercredi.

 

"GRÂCE À CHANEL, J’AI AUSSI CHANGÉ MA FAÇON DE VOIR MES ÉLÈVES."
Véronique, 41 ans, marraine de Chanel, 6 ans

irectrice d’école, célibataire, Véronique avait envie de s’engager dans une association. Un article dans un journal lui fait découvrir Parrains par’mille. En août 1999, c’est la première rencontre avec Chanel, une petite fille de 3 ans et demi qui glisse sa menotte dans la sienne, le temps d’un après-midi, pour aller visiter le zoo de Vincennes ou faire un tour de manège. Très vite, la mère de Chanel demande à Véronique de la prendre un week-end sur deux. "


CLAIRE GARATE 

Sa maman était débordée, elle cherchait du travail et avait besoin de souffler. " Véronique accueille donc la petite fille chez elle, en banlieue, l’emmène voir des films de Walt Disney, et propose même à sa famille de l’inscrire au poney. Bref, elle lui ouvre un monde auquel elle n’aurait jamais eu accès.

" C’est très important de ne pas entrer en concurrence avec la famille. Il faut apporter quelque chose de différent. Quand j’ai voulu offrir un vélo à Chanel, j’ai senti que ses parents n’étaient pas très chauds. Ils voulaient que ce cadeau vienne d’eux. En revanche, lui faire faire du poney n’était pas un problème, car je n’empiétais pas sur leur territoire. Quand je propose de la prendre en vacances, je sens aussi une réticence : ils finissent toujours par me donner le feu vert, mais c’est un moment délicat. " C’est ainsi que Chanel a pu faire ses débuts à ski et des châteaux de sable au bord de la mer.

Le rôle de marraine est parfois difficile, il faut se garder de tomber dans le piège de vouloir tout réparer, tout combler. Certaines familles se plaignent d’ailleurs que leurs enfants reviennent chargés de cadeaux. " On ne peut et on ne doit pas être une marraine de contes de fées, même si votre filleul vous demande de jouer ce rôle, confirme Véronique. Il faut rester à sa place sans trop le gâter, sans critiquer les parents." Un enfant ne supporte pas que l'on dise du mal de son père ou de sa mère. En revanche, les parents en difficulté ont besoin qu’on s’intéresse à leurs enfants. C’est même l’un des rôles essentiels du parrainage. " Valoriser les enfants, c’est aussi valoriser leurs parents et les aider à avoir une meilleure image d’eux-mêmes ", ajoute Véronique en souriant, puis la voix émue de conclure : " Peut-être aussi faudrait-il dire à vos lecteurs combien mon petit rayon de soleil a changé ma vie, et comme je n’imagine plus désormais mon avenir sans son rire qui résonne. " • • •

 TopFamille N°19 Décembre 2001

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