Qui sont ces enfants qui ont besoin d'être parrainés ?
(et pourquoi ne le sont-ils pas ?)

Quelques chiffres au sujet de l'Aide sociale à l'enfance (ASE, 28 milliards de francs en 1999 - 5 milliards d'euros en 2005).
Ils sont tirés pour l'essentiel de http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er-pdf/er046.pdf et de http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er543/er543.pdf
En 1998, plus de 270.000 enfants, soit un peu plus de 1,5% des enfants et adolescents de 21 ans et moins bénéficient d'un placement ou d'une prise en charge en action éducative au titre de l'ASE. En 2005 les ordres de grandeur sont inchangés.

  • 140.000 enfants sont accueillis par l'ASE et bénéficient d'un placement (55% en famille d'accueil, 35% en établissement)
  • 130.000 mesures éducatives
    • 25% AED Action Éducative à Domicile - décision administrative
    • 75% AEMO Actions Educatives en Milieu Ouvert - décision judiciaire

Les mesures éducatives (un éducateur pour 25 à 45 enfants) sont environ 10 fois moins coûteuses que les mesures d'accueil (un éducateur pour deux enfants.)
Qui sont ces éducateurs ?

Pour en savoir plus sur ce qui précède,

 

Il faut ajouter à ces chiffres les enfants, encore plus nombreux, susceptibles d'être parrainés "de gré à gré".
Quelques données provenant de l'INSEE, pour la France (juillet 2001) :

  • 1.900.000 familles monoparentales
  • 13 %  des enfants de moins de 15 ans vivent dans une famille monoparentale
  • entre 30 et 44 ans, une femme sur 9 élève son enfant seule.

En face de ces montagnes, nos 1.000 (?) parrainages font pâle figure. Pourquoi, nous Français, répugnons-nous à parrainer ? Il y a environ 300.000 parrainages en cours aux USA, ce qui correspondrait à 75.000 (le quart des 270.000 cités plus haut) pour la France, compte tenu du rapport des populations (voir la conférence de Randolf Graënzer au lien "actualités" ).
Pourquoi ?

Tout d'abord, pourquoi parrainer ces enfants ?

Et pourquoi ne le fait-on pas ?
Les raisons en sont nombreuses, sinon bonnes.

La culture

Notre "culture" française accepte bien cette gestion collective. Nous trouvons normal de ne rien payer au coup par coup pour notre santé, notre police, la gestion de la cité. Nous payons nos impôts, sans trop rechigner, mais ceci fait : "Ils n'ont qu'à faire ceci et cela..."
Cette "culture" pesante est une des raisons pour lesquelles nos associations peinent à trouver des parrains. "Je serais bien bête de donner mon temps pour ce garçon que je ne connais pas, etc..." "C'est à l'État de s'en occuper", etc. Nous ne prononçons pas ces phrases, elle sont tapies dans notre subconscient. Il ne s'agit pas là d'égoïsme, mais de la crainte d'être ridicule, original, d'agir différemment du corps social qui nous entoure.

 

L'égoïsme, le racisme
L'égoïsme est bien là cependant. "Cet enfant n'est pas de mon sang" , "nous n'aurons pas de part supplémentaire sur le revenu imposable" , "C'est un nègre, un arabe" , "Les enfants de la DASS sont des délinquants" , "mon fils va être jaloux", etc.
Certains diront qu'il ne s'agit pas là d'égoïsme mais seulement d'une façon sélective de donner : on ne donne qu'à ses proches, à ceux de sa famille, de son ethnie.

La pudeur
Les associations américaines ont remarqué que, pour trouver des parrains volontaires, le plus efficace était le prosélytisme, le "bouche à oreille". Les parrains parlent de leur parrainage autour d'eux, à leur famille, à leurs collègues de travail. C'est une publicité d'homme à homme, plus efficace semble-t-il que la publicité classique par les médias.
Personnellement, j'avoue que j'ai peine à le faire. Et vous ?
Pourquoi, je ne le sais pas, ce doit encore être une question de "culture".

Le bonheur
C'est après un grand malheur, deuil ou une forte déception, que beaucoup de parrains et marraines se sont lancés dans l'aventure, dans le but inconscient de compenser cette perte de "don".
Les psychologues pensent que le don est la principale source de bonheur pour l'être humain.
L'amour ou l'affection que l'on ne peut plus donner à l'être cher disparu, on le donne à son filleul.
Ce besoin de "se faire plaisir" en parrainant est mis en avant par certaines de nos associations, et cela peut choquer de prime abord. Mais ce n'est que la reconnaissance de ce qui précède : le don est source de plaisir, c'est dans notre nature d'animal sociable.
Et il ne faut pas mépriser la reconnaissance du filleul, la fierté de remplir un rôle social.

Les associations
Elles sont beaucoup trop peu nombreuses en France.
Elles sont de petite taille, traitant souvent moins d'une centaine de parrainages actifs, et c'est bien ainsi car il s'agit de parrainage de proximité.
La plupart sont de type familial. Certaines ne bénéficient d'aucune subvention. La plupart en demandent et en obtiennent, mais pas au point de pouvoir engager un salarié, à la différence des associations américaines pour lesquelles le personnel des associations est constitué de professionnels salariés qui gèrent des parrains bénévoles.
Le désintéressement doit subsister pour le parrain qui reste un bénévole, ce qui est essentiel pour la relation qu'il établit avec son filleul.
Comment augmenter le nombre des associations et leur permettre de vivre, c'est là un des challenges majeurs pour le développement du parrainage dans notre pays.
Les justifications objectives ne manquent pas : il est prouvé qu'un bon parrainage fait baisser la tendance des jeunes adolescents à user de drogues ou d'alcool et à être violents, augmente leur assiduité à l'école, ce qui a un impact économique positif pour la société et justifie des subventions publiques ou privées.

Un simple coup d'oeil à la carte de France affichée sur ce site montre qu'une des tâches les plus urgentes est de susciter la création de nouvelles associations dans les départements. Les 300.000 parrainages réalisés aux USA le sont par plus de 2.000 associations. Compte tenu du rapport entre les populations, cela devrait correspondre à 500 associations en France, et il n'y en a qu'une dizaine... Si vous êtes convaincus par ce qui précède, si vous habitez en province et ne trouvez pas d'association pour vous aider à parrainer, créez votre propre association.
Ce n'est pas chose facile, il faut de la volonté. Faites le siège de toutes les associations existantes pour qu'elles vous conseillent : les plus grandes pour leur expérience, les plus jeunes pour leur enthousiasme.
P.S. Ce dernier paragraphe a été écrit en 2000. En 2007, peu de changement ...

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