par Randolf Gränzer, coordinateur du réseau européen d’organisations de parrainage pour enfants et jeunes. (ENCYMO)[1]
Les nouvelles donnes sociologiques
La famille idyllique et traditionnelle existe encore à la campagne et dans quelques séries télévisées. Plusieurs générations vivent dans la même région. Les enfants voient régulièrement les membres et amis de la famille, les voisins et même les parrains de baptême. Ce modèle traditionnel existe aussi dans les grandes agglomérations, mais là il cède du terrain à des familles recomposées, monoparentales ou immigrées. Ces familles nouvelles sont souvent très petites et elles vivent toutes d’une façon relativement isolée des voisins et du monde extérieur. Les parents sont absorbés par leur travail. Pour les enfants, les seules personnes de référence en dehors de la famille sont les copains et copines de la rue et de l’école.
Beaucoup de parents de ces familles nouvelles sont conscients du manque de contacts de leurs enfants avec un adulte fiable et impartial. Ils répondent en grand nombre dès qu’ils apprennent par hasard qu’une petite organisation près de chez eux peut leur trouver éventuellement un(e) marraine/parrain bénévole.[2] Elle/il vient quelques heures par semaines non comme baby sitter mais comme interlocuteur supplémentaire de l’enfant et pour l’accompagner à des activités de son choix. Elle/il est prêt(e) à continuer cette relation pour un bon bout de temps si l’enfant et les parents le souhaitent. Il s’agit donc d’un parrainage bien actif. Il a peu en commun avec les parrainages par chèque au profit d’un enfant du tiers monde. Ces derniers sont mieux connus parce qu’ils sont plus faciles à réaliser et parce que leurs organisateurs disposent de moyens financiers considérables pour les faire connaître.
En France les marraines nouvelles sont beaucoup plus nombreuses que les parrains nouveaux. Dans les pays anglo-saxons le contraste est moins grand. Des parrainages actifs se constituent souvent aussi entre un couple parrain et un enfant. Dans ce qui suit j’utilise souvent le mot marraine(s) pour représenter l’ensemble des parrains et des marraines.
Qui sont les marraines/parrains et quelle est leur motivation?
Les marraines/parrains sont de tout bord de la société et de tout groupe d’âge avec une certaine prépondérance aux jeunes retraités. Les femmes s’occupent d’avantage des enfants tandis que le peu d’hommes qui participent sont plutôt intéressés à aider un jeune à trouver son chemin dans le monde du travail.
Le fait qu’il y a de plus en plus de parrainages actifs signifie que la part de notre population adulte qui n’a pas ou qui n’a plus une responsabilité
pour des enfants biologiques devient plus sensible aux problèmes des enfants chez le voisin. Ces personnes, peut-être grâce à leur propre histoire, voient l’intérêt d’un parrainage pas seulement pour l’enfant mais aussi pour elle-mêmes. Quelques uns voient aussi le parrainage dans un contexte plus large. Ils sont conscients d’une possible fissure sociale grave entre ceux qui ont des retraites assurées aujourd’hui et ceux qui en auront beaucoup moins dans l’avenir. Leur conclusion est de tendre la main à cette génération d’adultes futurs et de les aider à maîtriser leur avenir avec plus d’assurance et de compétence.
Qui sont les organisateurs du parrainage ?
Autrefois le bénévolat était sous le contrôle central de l’église et des grandes organisations de bienfaisance laïque. Aujourd’hui ces institutions se sont adaptées aux souhaits de leurs adhérents et du grand public. Elles sont devenues plus démocratiques, décentralisées et plus souples. En Allemagne plusieurs bureaux locaux de ces organisations ont pris l’initiative de créer un projet local de parrainage. En France quelques bureaux de l’organisation Enfance et Famille d’Adoption (EFA) sont les pionniers dans ce domaine. D’autres initiatives se sont réalisées sans aucun appui moral d’une autre organisation.
La relation entre l’état et le citoyen change aussi. Ce dernier s’intéresse moins au gouvernement central et plus aux affaires locales sur lesquelles il peut exercer une influence plus directe. Quelques mairies l’écoutent plus qu’avant, ce qui devrait faciliter la création de nouveaux projets locaux de parrainage.
L’objectif du parrainage
L’objectif du parrainage est simple à formuler et difficile à réaliser. Assurance et compétence vont ensemble. Il s’agit d’aider le parrainé à avoir plus de confiance en soi et dans les autres. Il deviendra ainsi plus responsable de lui- même et des autres. La peur de l’avenir et ses expressions telle que l’agressivité, la violence, la méfiance et la déprime, diminueront. Le jeune apprendra à faire un plan pour sa vie et à le réaliser. Il risquera moins de devenir une charge pour la société.
Il existe des parrainages qui visent un but plus concret et à plus court terme. Les exemples sont la performance scolaire et la recherche d’un emploi. Les parrains qui s’embarquent sur ces programmes se rendent vite compte que la réalisation d’un but à court terme est étroitement liée au développement personnel à longue terme. L’atteinte de l’un aidera l’atteinte de l’autre.
…..et les résultats
On peut présenter les résultats des parrainages sous forme de témoignages individuels ou sous forme statistique tirée d’une observation standardisée d’un nombre de cas. La première façon se prête pour les médias pour expliquer ce qu’est le parrainage et pour trouver plus de candidates marraines. Chaque organisation locale peut fournir une variété de témoignages positifs et touchants
formulés par les marraines et les parrainés. Ils concernent normalement des parrainages qui ont duré au moins un an ou deux.
Il existe aussi des parrainages qui durent beaucoup plus longtemps bien qu’ils puissent êtres résiliés à tout moment par chacune des parties concernées. Plus longtemps un parrainage dure, plus il prouve par sa durée même son utilité. Ceci dit, des parrainages relativement courts peuvent aussi avoir des effets à long terme. La plupart d’entre nous peut trouver dans ses souvenirs d’enfance et de jeunesse une personne adulte que nous avons connue pendant un certain temps et qui nous a marqué pour la vie.
L’évaluation des résultats sous forme statistique peut aider à convaincre ceux qui doutent encore de l’utilité du parrainage. Ils se trouvent surtout dans les institutions publiques et parmi des mécènes potentiels. Il serait souhaitable de disposer de ce genre de résultat sur les effet à court terme (deux ou trois ans après le début du parrainage) et sur les effets à long terme. En France il n’existe aucune étude statistique dans ce domaine. Dans les pays anglo-saxons plusieurs études ont été faites sur les effets à court terme. J’en ai choisi deux.
La première a été faite aux Etats Unis par l’organisation Big Brothers/Big Sisters en 1995. L’organisation Big Brothers/Big Sisters, la plus grande et la plus ancienne organisation nationale de parrainage gère 75000 parrainages par l’intermédiaire de 500 bureaux locaux du pays. Elle est connu par 80 % de la population américaine. L’enquête sur l’utilité du parrainage était basée sur un échantillon de 960 enfants âgés entre 10 et 16 ans, qui avaient demandé un(e) marraine/parrain. La moitié, choisie au hasard, avait reçu un(e) marraine/parrain pendant 18 mois, l’autre moitié n’avait pas reçu une marraine/parrain mais était inscrite sur une liste d’attente. Tous les enfants étaient interviewés au départ de l’étude en utilisant des questionnaires spécialisés pour certains aspects psychologiques du parrainé tels que pour l’auto-perception de l’enfant, pour l’inventaire d’attachement aux camarades et aux parents, pour la performance scolaire et pour les échelles d’amitié. 18 mois plus tard tous les 960 enfants étaient ré-interviewés avec les même questionnaires. Les résultats montraient que ceux qui avaient eu un(e) marraine/parrain utilisaient moins de drogues, moins d’alcool, étaient moins violents, plus positifs envers leurs parents et leurs camarades du même âge, et obtenaient des meilleurs résultats à l’école.
La deuxième étude a été faite en Ecosse par l’organisation Home-Start en 1999. Home-Start est une grande organisation au Royaume Uni qui gère 300 bureaux locaux. Elle trouve des marraines qui visitent régulièrement des familles ayant au moins un enfant entre 0 et 5 ans et qui ont demandé une marraine bénévole
sur recommandation des services sociaux. L’idée est d’aider un enfant le plus tôt possible à travers un soutien des parents dans les affaires de tous les jours et les relations intra et extra-familiales. L’échantillon à la base de l’enquête consistait en 139 familles. Au point de vue technique l’étude était moins rigoureuse que la première. Mais elle est intéressante parce qu’elle n’inclut pas seulement une évaluation de la part des marraines et des parrainés mais aussi de la part des référents des services sociaux. Ces agents, pour leur grande majorité, trouvaient que les marraines avaient contribué à ce que les familles surmontent leur isolation sociale, qu’elles pouvaient mieux maîtriser les problèmes de la vie quotidienne parce que quelqu’un les écoutait et que les enfants étaient moins perturbés.
L’avenir
Le parrainage devrait prendre plus d’ampleur dans l’avenir. Il existe un grand réservoir de marraines potentielles en France. Mais il est éparpillé à travers le pays. Cela se confirme chaque fois que le parrainage est mentionné dans une émission de télévision ou dans la presse nationale avec un numéro de téléphone à contacter et un site web à visiter. Il n’y a pas assez de bureaux locaux pour le parrainage. Beaucoup de marraines potentielles ne peuvent pas trouver un(e) filleul parce qu’elles ne sont pas au courant du parrainage ou parce qu’elles habitent trop loin du prochain bureau.
Il ne faut pas beaucoup d’argent pour démarrer un projet local, mais beaucoup de patience et d’enthousiasme. La recherche de marraines sur le plan local prend du temps. Les candidats filleuls se manifestent plus facilement. Un facteur essentiel pour la réussite d’un projet local est le soutien par les pouvoirs publics locaux et régionaux. Il faut surtout mettre au clair que le parrainage n’est pas une concurrence aux services sociaux, et que l’un ne peut pas remplacer l’autre.
Si la France était dans la situation heureuse d’un autre pays européen où le premier ministre invite les représentants du parrainage dans sa résidence officielle, le soutien local et régional serait peut-être déjà plus développé.
Randolf Gränzer
30, ave. de l’Echaudée
78112 Fourqueux
Tel : 0130614734 ou 0675033602, Fax : 0130619965, email : randolfgraenzer@wanadoo.fr
[1] Le réseau ENCYMO regroupe environ 100 organisations de parrainage dans 15 pays de l’Europe. Une vingtaine entre elles ont leur propre réseau national de bureaux locaux. Les autres sont autonomes et ne travaillent que sur une région.
La France compte 4 organisations à réseau national, dont une qui se consacre uniquement au parrainage des jeunes demandeurs d’emploi. Une quinzaine d’autres ne travaille que sur une région. Au total cela fait environ 60 bureaux de parrainage dans différentes villes et localités de France. Pour connaître leurs coordonnées on peut consulter deux sites web : www.encymo.org (page avec la liste des membres du réseau) ou www.parrainage.net ou contacter le coordinateur du réseau ENCYMO sur le numéro de téléphone 0130614734 ou 0675033602.
[2] Une autre clientèle malheureusement très fidèle au parrainage est constituée par les enfants dont aucun parent ne peut s’occuper, qui ne sont pas adoptables et qui vivent dans des institutions ou dans des situations très précaires.