Extrait du rapport de DEI (Défense
de l'Enfance International) France
pour 2002
L'intégralité du rapport peut être téléchargé sur http://www.globenet.org/enfant/index_ori.html
Le recours au parrainage : entre mythe et réalité
Le 16 mai 2001 lors de ce qui a été présenté comme une reforme de l'aide sociale à l'enfance par la ministre de l'enfance et de la famille l'idée a été lancée - relancée serait plus exact - de recourir au parrainage.
L'idée serait de faciliter l'accueil de gré à gré et gracieux - sur la base d'un accord parents / famille d'accueil - pour éviter de recourir à un placement via l'A.S.E.. On flirte la avec le concept de fausse bonne idée et on se berce d'illusions. Régulièrement, d'autres déjà depuis un quart de siècle - Simone Veil ayant lancé l'idée - s'y sont illusionnés.
Bien évidemment, il y a une place pour le parrainage entendu comme la possibilité pour un enfant d'entretenir des relations privilégiées avec une personne ou une famille sans, pour autant, que celle-ci ne soit en situation d'exercer des droits sur lui, ni qu'il s'agisse d'une relation rémunérée ou même indemnisée, à la différence de celui ou celle qui se voit confier un enfant par un juge dans le cadre de ce que la loi appelle " un placement au titre de tiers digne de confiance "
Cette démarche vers l'autre, pour ce qu'il est, ce don d'amour ou d'affection, ou encore ce " don d'avenir " comme l'avance Lise Marie Schaffhauser, responsable du " Comité de parrainage 17 " peut s'entendre. Il peut valoir dans nombre de situations et on peut toujours espérer que l'enfant ainsi soutenu - et indirectement le soutien reçu par ses parents - permettront de faire l'économie d'un accueil dans les services de l'ASE.
On peut aussi penser que, pour nombre d'enfants accueillis notamment en institution et qui n'ont pas de grande possibilité de revenir en famille ou même d'entretenir des relations suivies avec leurs parents, cette solution, intermédiaire entre un retour et une adoption, puisse être une bonne réponse avec, pour arrière fond, l'avantage de ne pas priver l'enfant d'une dimension familiale de la vie. C'est ainsi qu'il y a quelques années on présentait l'intérêt du parrainage que Mme G. Dufoix, puis Mme H. Dorlhac, lors de leur mandat ministériel, tentèrent de relancer ce dispositif. En vain, la greffe n'a pas pris.
Les raisons en sont multiples. Elles se résument souvent dans des enjeux de pouvoir. D'un côté ceux qui accueillent l'enfant, et plus généralement les institutions sociales, sinon judiciaires, peuvent mal vivre la concurrence d'une famille supplémentaire ; de l'autre, les familles d'accueil ont souvent en tête autre chose que le simple parrainage.
Aujourd'hui, on nous présente le parrainage comme un contrat entre famille et parrains. Il faut ici se souvenir combien les contrats de gré à gré sur l'enfance sont traditionnellement surveillés par la loi et sur son ordre par les juges pour éviter des trafics en tous genres. Surtout l'idée est erronée de penser que le développement du parrainage aura une influence sur l'intervention de l'ASE.
Un groupe de travail dont le pilotage a été confié à Mme Marie-Dominique Verges, présidente du tribunal pour enfants de Créteil a remis le 18 janvier 2002 sa copie. Attendons de prendre connaissance de ses conclusions avec scepticisme tellement l'expérience a démontré sur 20 ans combien il y avait de distance entre ce que l'on affichait comme objectif et ce que l'ont pouvait concrètement réaliser dans ce domaine.
Pour DEI-France, une place existe pour le parrainage dans l'ensemble des réponses à mettre en oeuvre pour venir en aide aux familles en difficulté. On doit même y voir une des manières de recréer de la solidarité active, du lien social. Il s'agit du soutien d'une famille sinon d'un enfant en manque de relations suivies avec des adultes par une autre famille ou une personne. Il ne peut réussir que s'il est réellement un engagement gratuit - sinon le souci de rendre service - pour autrui. Il peut être une étape vers l'adoption ; il peut aussi s'estomper car être moins utile dans le temps. Il ne faut pas lui faire jouer le rôle d'un accueil professionnalisé. A défaut de clarté dans la représentation diffusée et dans la mise en oeuvre on ira vers des drames qui rappellerons ceux que nous avons jadis connu entre familles d'accueil et familles par le sang, drames auxquels la loi du 6 juin 1984 a mis fin.